Marie Delphine Ndiaye
De droit et de loi

Géante compétente et rigoureuse, très engagée, prône le changement par les lois sur tous les fronts du statut juridique des femmes au Sénégal.

Marie Delphine Ndiaye est issue d’une famille de neuf enfants de parents éducateurs. Comme ses frères et sœurs, elle a suivi un parcours scolaire régulier jusqu’à l’université.
Elle est juriste de formation, expert fiscal et commercial. C’est l’une des premières à avoir embrassé cette profession dans le pays.
L’engagement des premières femmes intellectuelles sénégalaises Aminata Sow Fall et Mariama Ba, qu’elle a beaucoup lu, l’ont inspirée et impressionnée.

Mais surtout, le parcours à travers le pays de Maïmouna Kane, première femme ministre de la condition féminine, à l’époque où elle était au primaire, lui a fait prendre conscience qu’il fallait faire quelque chose pour les femmes.
Elle est secrétaire générale de l’Ordre National des Experts du Sénégal, depuis six ans.

Cela révèle certainement son tempérament. « La première façon de s’imposer est la compétence et la rigueur » dit-elle d’une voix douce.
Ce métier de juriste, en lui faisant constater la condition des femmes sénégalaises, la pousse à adhérer à la lutte pour une meilleure équité sociale.
En termes d’engagement, elle est sur de nombreux fronts associatifs ; elle a occupé la présidence de l’Association des Femmes Juristes du Sénégal (AJS) pendant sept ans ; actuellement, elle est membre de la fondation Cheikh Anta Diop dont la vocation est d’appuyer l’Université de Dakar pour la promotion de l’excellence ; et membre du conseil d’administration de l’Agence pour le Développement du Marketing Social (ADEMAS), qui s’occupe essentiellement du bien-être familial à travers la santé maternelle et infantile ; et également membre de l’Observatoire National de la Parité.
Exerçant une profession libérale, elle assure être habituée à la combiner avec cette vie associative bien remplie, car elle a acquis sa culture de citoyenneté à l’école où le bénévolat faisait partie des activités extrascolaires ; puis en adhérant à l’une des premières organisations féminines, le Zonta Club. « Je consacre au bénévolat associatif le temps qu’il faut. Je n’ai accepté de prendre certaines responsabilités que lorsque mes enfants ont grandi ».
Sa première vocation est de travailler sur les textes de loi au sein de l’AJS pour faire évoluer la société, pour améliorer le statut juridique de la femme et de l’enfant.

« Par exemple, j’ai joué une part active pour qu’il y ait l’équité fiscale, parce que jusqu’en 2008, la femme sénégalaise, en tant que contribuable, n’était pas considérée comme chef de famille. Ce qui faisait qu’elle avait un nombre de parts équivalent à celui d’un célibataire. Cela a fait l’objet d’une longue revendication aussi bien des syndicalistes que des autres femmes comme nous. »
Marie Delphine Ndiaye se souvient avec ferveur des textes sur lesquels elle a travaillé au sein de cette association : les textes discriminatoires à l’égard des femmes, ceux relatifs à l’avortement et à la criminalisation du viol, à l’accès des femmes à la terre. Elle a beaucoup sillonné le Sénégal pour cette dernière question avec l’AJS. C’est un plaidoyer qui continue pour faire accéder les femmes à ce droit garanti par la constitution, mais qui ne leur est pas appliqué, souvent par méconnaissance des femmes elles-mêmes. Pourtant, les femmes du monde rural sont de mieux en mieux informées grâce aux campagnes de sensibilisation. « Le mouvement des femmes s’est beaucoup agrandi et diversifié en termes de catégories sociales. Quand on aura une masse critique, les données changeront. »
Pour elle, la transmission aux jeunes est très importante afin qu’elles s’engagent parce que les enjeux seront de plus en plus importants. « Le premier est celui de l’autonomisation de la femme qui va la libérer sociologiquement et socialement. » Elle dit être optimiste au vu du chemin parcouru, car par les lois, on arrive à stabiliser les acquis sociaux. « Une loi n’est que l’expression de la volonté populaire à un moment donné. » Et un changement de société prend du temps.

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