Maguette Ndiaye

A propos de Maguette Ndiaye

Commerçante

Je lutte contre mon handicap qui est une souffrance quotidienne.  “Je fais tout pour gagner ma vie car je ne veux pas m’adonner à la mendicité. Je suis maintenant âgée et j’essaie d’aider les enfants, par exemple, pour qu’ils obtiennent la carte de l’Association Nationale des Handicapés Moteurs du Sénégal qui leur donne droit à une bourse trimestrielle”.

“J’ai 47 ans. Je suis née à Pikine Guinaw Rail. J’ai passé mon enfance aux Parcelles Assainies Unité 6. Nous avons déménagé ici en 1982. J’habite avec ma mère, mes sœurs et mes frères. Ma mère élevait ses enfants à la maison et mon père était éboueur. J’ai été atteinte de polio à l’âge de 5 ans”. 

Je suis  une personne ressource pour les gens du quartier, en ce qui concerne le handicap.  J’identifie les enfants afin de les diriger vers l’association nationale des handicapés qui peut leur fournir des prothèses, des fauteuils roulants ou encore vers l’action sociale, pour leur permettre d’aller à l’école.  J’effectue ces démarches à titre bénévole, en y trouvant la joie de voir les autres aller à l’école, parce  que je n’en ai pas eu la possibilité. “ Mon père disait qu’il ne voulait pas me voir ramper sur le chemin de l’école. Il n’a pas voulu me laisser y aller dans cet état et risquer de me faire maltraiter par d’autres enfants. Mes parents se sont battus pour me faire soigner. Mon papa déposait des dossiers par ici, par là pour trouver des moyens. En 1986, j’ai pu être opérée grâce à l’Ong d’aide à l’enfance Terre des Hommes à Thiès, qui m’a prise en charge. J’ai deux béquilles et une prothèse”. 

“ Moi, je disais : Je n’ai pas de handicap et je veux faire comme les autres. Je voulais bouger”. Il était cependant trop tard pour reprendre un cursus scolaire. Grâce à l’association des handicapés, elle a pu faire plusieurs formations d’autonomisation économique: teinture, poterie, fabrication de poupées, micro-jardinage… “ Mais cela ne marche pas. Je n’ai pas les moyens qu’il faudrait pour investir après avoir obtenu les certificats de formation ni un espace permettant de pratiquer ces activités. Donc je vends des tissus dans le quartier. Cela n’est pas très rentable, mais cela dépanne”.  Mon  échoppe fait face à la maison familiale et est accolée à l’atelier de menuiserie de  mes  frères. 

Depuis dix ans, je fais  partie d’une association, Calebasse Kolere, qui réunit 150 femmes qui font du micro-jardinage dans mon   quartier. Chaque mercredi, je fais   la collecte des cotisations de la tontine et je les  répartis   entre les bénéficiaires. Les autres femmes  me  font confiance au-delà de    mon handicap et   m’encouragent à jouer ce rôle pour  me  motiver,  pour que je  reste active.  Mon  dévouement suscite le respect dans mon  quartier et personne ne me  regarde comme quelqu’un de diminué. Ce qui me  motive depuis toujours, c’est l’amour de  ma  famille,  ma  mère notamment, qui  me  soutient dans toutes  mes  entreprises. “ Quand j’étais enfant, il m’arrivait de sortir toute seule et il y avait toujours quelqu’un qui proposait de m’aider.  “

 Malgré mes faibles revenus,  je fais tout   ce qui est possible pour aider les enfants handicapés pour la prise en charge de leurs besoins.  L’accès aux soins et à l’éducation est une lutte permanente.Je me   charge de faire les photocopies pour constituer les dossiers, je me déplace dans les différents organismes qui viennent en aide aux handicapés par  mes  propres moyens. Je me  décarcasse  pour trouver les renseignements relatifs à chaque cas, même si ce sont  mes  neveux qui m’aident  à remplir les fiches. Je me souviens  d’une petite fille du voisinage, venue d’un village Sérère, après s’être trouvée handicapée des jambes à la suite d’une chute d’un arbre. « Quand ses parents, démunis, sont venus me trouver, je suis allée déposer son dossier à l’action sociale, puis à l’association Fadia (famille Dia) qui a fait un don pour qu’elle puisse être opérée. Je suis vraiment très contente. Elle qui ne pouvait pas se déplacer tant ses jambes étaient tordues, maintenant, elle marche  sans béquilles et sans canne”. 

J’aide aussi les adultes vivant avec un handicap en faisant le relai entre les associations et les personnes du quartier ayant besoin de matériel.Je souhaite   que les besoins des personnes handicapées soient mieux pris en compte dans la société et par l’Etat. Il faut favoriser l’intégration socio-économique de ces personnes qui souffrent dans leur chair et qui sont démunis. Elles font face quotidiennement aux discriminations, notamment à l’embauche. A travers les associations, les personnes vivant avec un handicap se sont battues pour faire reconnaître leurs droits fondamentaux, comme par exemple l’accès à l’éducation.  Ce qui me  tient particulièrement à cœur, car  je  souhaite toujours être alphabétisée et pouvoir mieux m’exprimer. Cependant, je  constate  que les choses progressent, même si beaucoup reste à faire, car les lois votées depuis 2010 ne sont pas vraiment appliquées.

 Je n’ai  jamais été demandée en mariage et  je suis  célibataire, sans enfants, car les familles ne m’acceptent  pas. La société sénégalaise a beaucoup de préjugés envers les handicapés.  

“ Nous sommes tous des êtres humains. Les pouvoirs publics devraient favoriser notre accès à l’emploi. Nous pouvons aussi nous occuper des postes de ministres, députés ou maires. Pourquoi pas” ?

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